Poète : « Que cherches-tu dans cette mare désenchantée ? »

Forêt : « Un ruisseau, pas sot, qui la traversât d'Est en Ouest,

Et dont les deux rives jusqu'aux genoux, quand il pleut, m'arrivent. »

Et la mare revêtue d'une simarre ne voulant pas se faire aussi grosse

Que le bœuf (l'étang, son vieux copain de régiment,

Le lac son sévère chef de bataillon aux vagues menues),

Ne veut rien tant que quitter son bestiaire familier :

Grenouilles, salamandres, dytiques, tritons, crapauds accoucheurs,

Et tourner le dos à la forêt tout en écopant de ses deux rives,

Ne se satisfaisant pas moins que de la mer ou de l'océan,

Ambitionnant de devenir Mississipi, Gange ou Rhône,

Copiant son embouchure sur leur immense delta distribué.

« Je veux de mes flancs réchauffer les pauvres blancs,

Et aux misérables noirs apporter dans un ciboire à boire ;

A la mer ou à l'océan je veux que mon plus bel exploit

Soit que plus jamais l'on ne m'exploite, je me veux impassible,

Je me veux voie flottante, que de me traverser plus jamais l'on ne tente,

Je veux quand je suis Gange que mes riverains se baignent dans la fange,

Je veux que quand je suis Rhône l'on me vénère sur mon trône,

Que jamais d'un petit pipi l'on ne me vexe quand je suis Mississipi.

Rimbaud : « Que faut-il à l'homme sexué et vil ? Boire !

Taldir : « Mourir en barbare aux fleuves en crue mais fort civils. »

La bouche est riveraine et en lèvres souveraines se retrousse.

Le zèbre de l'Ebre, ayant, caramba ! fait feu de son pistolet,

Le général Hugo dit : « Donne-lui quand même à boire. »

A son officier d'ordonnance qui sentait le suint bien rance.

Jeanne d'Arc, à Orléans, traversa la Loire dans un olifant,

Jeanne la Flamme s'élança dans le fleuve de ses ennemis

Pour mettre le feu à leurs tentes, et indemne se retira,

Quand elle vit un bon brasier braiser l'air qu'il enchante.

Ce poème-dérive fut écrit un après-midi du mois d'avril

Alors que je voyais le ruisseau Vin se découvrir d'un fil.